
Ce n’est pas la première fois que nous le déplorons sur ce site. Au moment des attentats commis par les frères Kouachi ou suite au meurtre d’un chauffeur de taxi par un jeune sur Marseille, des professionnels se sont sentis autorisés à faire état des parcours des auteurs des faits en protection de l’enfance. Parfois dans une logique bienveillante, pour montrer qu’ils ont eu un parcours complexe pouvant permettre de comprendre -à défaut de justifier-leur passage à l’acte. Et souvent pour se mettre en avant : « j’ai été son éducateur », « il a été suivi par mon service ».
Cette semaine ce n’est pas un auteur mais une victime qui aura donc eu le droit à un dévoilement de son parcours de protection de l’enfance.
Sur un réseau social professionnel, une psychologue clinicienne qui a exercé en service d'appartements extérieurs pour jeunes proches de la majorité et jeunes majeurs a voulu rendre un curieux hommage à Pengo Bassio Wangi, victime d’un crime raciste.
On lit : « Une minute de silence à l'Assemblée Nationale pour Pengo! La vie ne lui a pas été douce. Ce jeune homme, je l’ai rencontré dans un des services d'accueil de jeunes placés où j 'ai travaillé comme psychologue. Aujourd'hui, le silence du service de placement ainsi que des lieux d'accueil est assourdissant. Qui se soucie des ex jeunes placés? ».
On pourrait discuter du lien ici fait entre un crime raciste et un parcours de protection de l’enfance. Ou encore se demander le lien suggéré entre le sort souvent catastrophique des ex jeunes placés et le drame subi par Pengo. Il n’était pas à la rue, livré à lui-même comme tant d’autres le sont. Non, il a malheureusement eu la malchance d’être sur le parcours d’un raciste ayant décidé de se prendre à toute minorité visible, y compris une gamine de 12 ans.
Bref, ce message n’illustre en rien de la situation des jeunes placés.
A quoi sert-il alors ? Simplement permettre à l’intéressée de montrer qu’elle a été en première ligne. Et pour donner un vernis bienveillant elle aligne la minute de silence, la dure vie et le désintérêt public à l’égard des ex-jeunes placés.
Il s’agit là d’un cas extrême et public de violation du secret professionnel auquel cette personne est soumise en qualité de psychologue en service de protection de l’enfance (L. 221-6 du Code de l'action sociale et des familles).
C’est d’ailleurs ce que nous avons fait remarquer sur le même réseau. Et là la réponse atteint un sommet rare : « et les journalistes qui ont écrit qu’il avait grandi en foyer? ». Oups.
D’abord nous n’avons trouvé aucun article évoquant ce parcours. Mais quand bien même. Un journaliste n’est pas soumis au secret professionnel, sauf le secret des sources. A la différence d’un psychologue en protection de l’enfance. Si 50 articles de presse racontaient l’enfance maltraitée de Pengo cela n’autoriserait en rien un professionnel d’infirmer ou de confirmer de telles informations.
Pis, en trois lignes de message elle aura trouvé à critiquer « le silence assourdissant » du service de placement. Qui finalement aura, lui, respecter le secret professionnel et à qui nous rendons hommage ici.